• Sombre lundi


  • C’était un sombre lundi et il pleuvait des lambeaux de soleil au-dessus de mon lit. Alors, j’ai regardé le temps qui passe pour savoir s’il passait vraiment aussi vite qu’on le disait. Mais après mûre réflexion, j’ai trouvé que le temps ne passait pas aussi vite qu’on le disait. Comme j’étais un peu déçu du résultat, j’ai mangé les croquettes à mon chat, qui est mort stoïquement en passant sous les roues d’un camion. Ensuite, j’étais tellement repu qu’il m’a pris l’envie soudaine de fermer boutique dans un coin de ma tête. J’ai rêvé que j’étais un requin-marteau et que je plantais des clous rouillés sur un mur tout noir. Après, je m’envolais dans les nuages où se trouvait un long tunnel qui, je l’avoue, me faisait un peu peur. Il me fixait droit dans les yeux avec un air de déjà-vu. Moi, je faisais mine de regarder ailleurs, genre : il faut que je rentre, il est bientôt quatre heures. Mais il riait si fort que j’ai voulu savoir ce que ça faisait de rire de la Mort. Souvent on dit que la Mort n’a pas de visage, mais elle en a un et il est tout gris.
    C’était un sombre lundi et il tombait des morceaux de lune au-dessus de mon lit. Je me suis dit pourquoi pas, si ce n’est pas un lundi. Moi, je n’aime pas les lundis, parce qu’ils me donnent le tournis. Je descends l’escalier à califourchon, ça me donne l’air de quelqu’un qui aurait l’air un peu con. Il ne faut pas se méprendre, je ne suis pas de la jaquette, ou alors vraiment peu, mais seulement si c’est la femme qui porte la culotte. Ma mère a tort lorsqu’elle dit qu’à force de raconter des conneries, je vais semer des petites crottes partout. Comme si les crottes ça sentait mauvais, comme si la faucheuse ne faisait que faucher. Moi, je ne suis pas en faveur de la peine de mort, mais je ne suis pas contre non plus. Comme dit mon père, on ne peut pas toujours avoir un avis sur tout. Quand je fais la baleine, je me dis des fois que je préfèrerai devenir une autruche. Ça paraît fou comme ça de jouer les baudruches, mais la folie est contagieuse selon mon médecin qui, après avoir perdu la boule, s’est pendu par les pieds.

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Je voudrais pas finir vieux


  • Je voudrais pas finir vieux
    Pour avoir l’air d’un gruyère
    A qui il manque les deux yeux
    Et qui fuit de la caf’tière !
    Je voudrais pas finir vieux
    Dans les bras d’une mégère
    Je veux boire des tonnes de bière
    Et rire comme un bien-heureux
    Je voudrais pas finir vieux
    Dans un asile de flou
    Seul et sans-le-sou
    Priant chaque jour le bon Dieu
    Je voudrais pas finir vieux
    Pour manquer la cuvette
    Et puis faire ma toilette
    Quand le temps ira mieux
    Je voudrais pas finir vieux
    Je laisse ça à celles et ceux
    Qui ont le cœur en miettes
    Et finissent aux oubliettes !
    Je voudrais pas finir vieux
    Bander mou de la quéquette
    Entre nous c’est pas sérieux
    De se conter fleurette
    Je voudrais pas finir vieux
    Pour rester dans mon lit
    Et perdre mes cheveux
    En crevant d’ennui
    Je voudrais pas finir vieux
    Je veux ce que chacun veut
    Beaucoup d’amour dans ma vie
    Une vie courte mais bien remplie !

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • La vie c'est pas pareil quand on a quatre ans


  • C’est pas que j’aime pas la vie
    Mais moi tu sais la vie
    Elle m’a volé mes rêves
    Elle m’a volé toutes mes envies !
    Je voudrais retrouver mes quatre ans
    Pour pouvoir pisser dans mon lit
    Et puis m’étaler dedans
    Et puis m’étaler dedans…
    Manger des bonbons
    A en crever de plaisir
    Avoir l’air d’un morveux
    Et mettre mon doigt dans le nez
    C’est pas que j’aime pas la vie
    Mais moi tu sais la vie
    Elle m’a cogné si fort
    Que je suis tombé par terre !

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Vole papillon !


  • J’ai toujours rêvé d’être un papillon
    Pour m’envoler dans le ciel très haut
    Et regarder les passants passer à côté de la plaque
    Et puis chier sur la tête des vilains messieurs.
    Mais voilà, un jour on m’a dit :
    C’est pas facile la vie de papillon
    Faut voler tout le temps et même à reculons
    Moi, je n’en croyais pas un mot !
    Alors je me suis collé une paire d’ailes dans le dos
    Et même si j’avais l’air un peu idiot
    Je me suis envolé dans le ciel très haut
    C’était bon, si tu savais, de voler idiot.
    J’ai toujours rêvé d’être un papillon
    Parce qu’un papillon, c’est comme un prince ensorcelé
    Une fois délivré, il devient beau
    Ou parfois pas, mais ça reste quand même un papillon !

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Je ne suis pas fou (non,non,non)


  • Je ne suis pas fou
    Mais je pourrais le devenir
    Je n’ai pas un sou
    Mais ça pourrait venir.

    Je ne crois en rien, même pas en moi
    C’est dire…
    Je ne crois en rien, même pas en toi
    Pour dire…

    La nuit je cours dans la rue, ivre mort
    En vomissant ce monde qui me rend dingue
    Je rencontre des conquistadors munis de violoncelles
    Pourchassés par un taureau en uniforme de marié.
    Je ne suis pas fou
    Non, non, non !
    Je n’ai pas un sou
    Mais la roue tourne.

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Il neige


  • Il y avait de la neige sur le bout de mon nez
    Il y avait de la neige sur la tête à mon chat
    Mais lui s’en foutait parce qu’il n’avait pas froid
    Mais moi, mais moi, j’avais les doigts gelés
    J’en ai voulu au monde entier
    Or, le monde n’est plus ce qu’il était
    Alors j’ai attendu…
    J’ai attendu comme un con, figé comme une grue !

    Il y avait de la neige sur le bout de mon nez
    Il y avait de la neige devant mon regard crédule
    Elle était là pour me tourner en ridicule
    Je l’entends encore rire de moi
    Alors j’ai pleuré des œufs brouillés
    Et mon cœur s’est marbré de haine
    Et puis je l’ai senti fondre sous mes pieds
    Depuis il neige des miettes de mon passé.

    Auteur : Lintrus. In : "Sombre Lundi"
    ©Tous droits de reproduction réservés.
    "Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi."

    Jean Cocteau
  • Dieu n'existe pas


  • Dieu n’existe pas
    Il me l’a dit
    Il me l’a dit
    Dieu n’existe pas
    Et moi je n’irai pas au paradis
    Et moi je vous le parie
    Sur la tête à mon chat !
    Et puis ça se saurait
    Ça se saurait
    Si Dieu existait
    Ça se saurait
    Nom d’une catin parole de muet
    Depuis le temps ça se saurait
    On dirait :
    Dieu m’a sauvé d’un incendie
    Mais en vérité
    Ce sont les pompiers
    Qui sauvent des vies !
    On dirait :
    Dieu m’a sauvé de la noyade
    Mais à dire vrai
    Ce sont les maîtres-nageurs
    Qu’il faut remercier !
    On dirait :
    Dieu m’a sauvé d’une tempête
    Mais pour de vrai
    Ce sont des volontaires
    Qui apprennent à voler !
    On dirait :
    Dieu m’a sauvé de la déchéance
    Mais la vérité vraie
    Seule la volonté
    Perd à y gagner !
    Dieu merci
    J’ai banni toutes ces sornettes
    Au fond des oubliettes
    Dieu merci
    On ne m’y prendra plus
    Juré craché !
    Si je mens, je vais en Enfer

    Dieu n’existe pas
    Et puis voilà.

    Auteur : Lintrus. In : "Dieu n'existe pas"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Ange ou démon ?


  • Va t’en savoir
    Va t’en savoir
    De quel côté je suis
    De quelle galère je fais partie.

    Ma mère m’avait dit :
    On a tout à y gagner
    J’ai tout perdu
    J’ai tout perdu
    Même la santé !

    Va t’en savoir
    Va t’en savoir
    On n’est jamais sûr de rien
    Je mange ma main et garde l’autre pour demain.

    Ma femme, mille fois, m’a répété :
    Tu finiras aux oubliettes
    Y’a trop de toi en toi
    Ça dégouline et c’est tout froid
    Si seulement tu étais quelqu’un d’autre…

    Va t’en savoir
    Va t’en savoir
    Ange ou démon ?
    Mine de rien, ça demande réflexion.

    Auteur : Lintrus. In : "Dieu n'existe pas"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Le (presque) déjà-mort


  • J’ai essayé
    Oui ! Tout essayé !

    L’empoisonnement : raté !
    Maman a bu toute la mixture…

    La roulette russe : manquée !
    Mon petit frère ne jouera plus aux voitures…

    La pendaison : gâchée !
    Papa a refait la charpente…

    Si vous croyez qu’il est facile de perdre la vie
    A l’évidence vous n’avez jamais essayé !

    Auteur : Lintrus. In : "Dieu n'existe pas"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Perdu


  • J’ai perdu mon bidule
    Un jour qu’il faisait gris
    Dans l’arrière-train d’une mule
    On te croirait surpris !

    J’ai perdu la santé
    Dans une cellule en dur
    Mon cœur a basculé
    Vers le côté obscur !

    J’ai perdu mon amour
    A vouloir l’impossible
    Autant faire cuire un four
    Ce qui n’est pas tangible !

    J’ai perdu la parole
    A trop te la couper
    Dans une vieille casserole
    Que j’ai fait mijoter !

    Au fond, le plus tragique
    C’est qu’on n’est tous perdants
    La vie nous fait la nique
    A n’importe quel tournant !

    Auteur : Lintrus. In : "Moi pas comprendre"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Enragé


  • Je suis une espèce d’enragé
    Qui mors les pieds des vieilles dames !
    Je suis une espèce recherchée
    A Paris, Londres et Amsterdam.

    Parfois, des hommes en blouses blanches
    Trifouillent dans mon cerveau moisi
    Et découpent mes neurones en tranches
    Pour comprendre d’où vient ma folie.

    Ils disent que je ne vais pas bien
    Je représente une vraie menace
    Surtout pour mes amis les chiens
    Dont je collectionne les carcasses !

    Je suis une espèce d’enragé
    Qui vole les bonbons aux enfants !
    Je suis une espèce menacée
    Qu’on achève avec des calmants !

    Auteur : Lintrus. In : "Moi pas comprendre"
    ©Tous droits de reproduction réservés.

  • Tourments


  • Un oiseau est mort sur mon chapeau
    Il avait un drôle de nom d’oiseau
    Mon chat est devenu dépressif
    Il n’arrive plus à sortir ses griffes.

    Moi, je tourne en rond comme un poisson
    Il sort de ma bouche de nouveaux sons
    Il me faut trouver un compromis
    Ce va-et-vient incessant me nuit.

    Un oiseau s’est posé sur mon arbre
    Il avait un sourire de marbre
    Mon chat en est tombé amoureux
    Il lui lance des regards malicieux.

    Moi, je m’effeuille comme une vieille branche
    J’ai les pupilles et le cœur qui flanchent
    Je dois penser à me reposer
    Mes neurones se sont évaporés.

    Auteur : Lintrus. In : "Moi pas comprendre"
    ©Tous droits de reproduction réservés.
     
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